ENTRETIEN AVEC… Grégoire Bleu, co-fondateur d’UpCycle et président de l’AFAUP

 

Grégoire Bleu, co-fondateur d’UpCycle et président de l’Association Française d’Agriculture Urbaine Professionnelle (AFAUP) a répondu à nos questions. Il est revenu sur les techniques développées pour des projets d’agriculture urbaine durables et sur sa collaboration au projet de la Cité Maraîchère de Romainville.

Les initiatives en matière d’agriculture urbaine sont en plein essor depuis une dizaine d’années, en France et dans le monde. Quel regard portez-vous sur ce phénomène et comment l’expliquez-vous ?

Nos villes sont devenues difficiles à vivre, nous recherchons donc des solutions et des outils pour mieux y vivre ! Parmi les choses que nous trouvons pénibles : le manque de connexion au cycle naturel. L’agriculture urbaine, nous fait rêver car nous avons besoin d’être reconnectés au cycle du vivant.

Il existe une diversité de formes d’agriculture urbaine et c’est merveilleux ! Aujourd’hui, je ne suis pas capable de dire quelle est la « bonne » forme d’agriculture urbaine ; on parle d’un écosystème qui vient se mettre au service de la ville et on sait que l’efficacité d’un écosystème vient de sa biodiversité. Il y a une grande diversité de formes d’agriculture urbaine, ce qui est une conséquence logique, puisqu’elle répond à des enjeux, des problématiques, des marchés différents et donc évidemment cette conjonction de projets différents va permettre de faire émerger des solutions durables.

Cette multiplicité de formes est indispensable et il faut s’interdire de trop vite porter des jugements. Il faut les laisser émerger et voir comment elles s’implantent, les évaluer évidemment parce que nous n’avons pas envie d’avoir des formes non durables d’agriculture. Mais il faut surtout se donner le temps de les laisser émerger pour voir à quoi elles ressemblent et pouvoir les évaluer.

Vous êtes président de l’Association Française d’Agriculture Urbaine Professionnelle (AFAUP). Pouvez-vous nous en dire davantage sur l’origine et la philosophie de l’AFAUP ?

L’idée de départ, c’est de constater que toutes les conditions sont réunies pour que ce soit compliqué de développer l’agriculture urbaine : nous avons en effet des formes et des points de vue parfois assez antagonistes sur « pourquoi faire de l’agriculture urbaine ? ». D’un côté, nous avons des acteurs issus d’un milieu associatif, limite anti-capitaliste, et de l’autre, au contraire, des start-up hyper « tech ». C’est un environnement complexe avec des urbanistes, des associations de citoyen·ne·s très militantes, etc. Nous avons un grand chaudron regroupant des acteurs très différents qui fait que c’est une grande ambition que de porter des projets d’ampleur en agriculture urbaine et de faire que tout cela se passe bien.

En 2015, quand l’agriculture urbaine commençait à bien émerger, nous nous sommes dits qu’il fallait absolument qu’on apprenne à vivre ensemble. J’ai vécu l’émergence du commerce équitable et j’ai été choqué par le fait que les acteurs ne s’en-tendaient pas toujours très bien entre eux. Finalement, le milieu souffrait d’une absence de coordination positive. De notre côté, nous nous sommes dits que nous devions absolument nous connaître, nous apprécier et que nous devions apprendre à travailler les un·e·s avec les autres.

Aujourd’hui à l’AFAUP, il y a des membres très différents – des consultant·e·s, des associations militantes, des start-up, des fournisseurs de technologies révolutionnaires – et c’est très bien ! Depuis que nous avons créé l’AFAUP, UpCycle tra-vaille avec des dizaines d’acteurs de l’agriculture urbaine : il y a des projets qui ont davantage développé d’expertise qu’UpCycle sur certains sujets et donc j’ai besoin d’eux. Maintenant, nous trouvons des entrepreneur·euse·s qui travaillent avec des associations militantes et c’est une excellente nouvelle, parce que ce qui fonctionne, c’est la collaboration.

Pour être membre de l’AFAUP, le seul élément qui compte, c’est avoir une conjonction d’intérêt. Nous souhaitons regrouper des acteurs qui souhaitent tous que l’agriculture urbaine fonctionne, et non pas des projets un peu opportunistes qui n’ont pas forcément de sens sur le long terme. L’AFAUP, ce sont des personnes qui travaillent dans l’agriculture urbaine et qui en ont fait une priorité.

UpCycle développe et met en place des techniques pour des projets d’agriculture urbaine durables notamment par l’économie circulaire, en transformant des biodéchets en fruits, légumes et champignons. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ces solutions proposées ?

Notre métier, c’est de faire circuler la matière organique. Pour cela, nous concevons des systèmes que nous exploitons par nous-mêmes et que nous confions ensuite à des tiers. À partir des systèmes que nous exploitons, nous créons des boîtes à outils, proposées à différents acteurs, comme des associations, des entreprises, des collectivités ou même des particuliers.

Aujourd’hui, nous avons développé deux systèmes, deux savoir-faire du déchet au légume : la transformation du marc de café en pleurotes et la transformation de n’importe quel type de biodéchets en compost et la valorisation de ces composts dans des systèmes maraîchers. Nous pouvons proposer ces systèmes à des particuliers sous forme de petites boîtes à champignons (www.laboiteachampignons.com), à des entreprises sous la forme d’un programme appelé « Marc Contre Pleurotes » : nous venons collecter le marc de café, nous le recyclons et nous le ramenons sous forme de boîtes à champignons ou de pleurotes à cuisiner dans l’entreprise.
Mais nous proposons aussi des composteurs qui permettent de valoriser l’ensemble des biodéchets d’un restaurant avec une petite ferme urbaine associée.

Des spécialistes comme vous sont associé·e·s à la conception du projet de la Cité Maraîchère notamment au travers de votre participation au groupe de travail « techniques agronomiques » et de la fourniture d’un ingrédient pour la fabrication du substrat, « le champost ».
Pouvez-vous nous en dire plus sur cette collaboration et sur l’intérêt que suscite pour vous la Cité Maraîchère ?

Depuis que je suis dans l’agriculture urbaine (2014), la Cité Maraîchère est un projet que je vois en toile de fond. C’est devenu un projet un peu iconique de l’agriculture urbaine. Lassociation Espaces, qui a accompagné la Ville de Romainville via une mission de préfiguration de la Cité Maraîchère, nous a sollicités pour la conception d’une partie champignons dans le bâtiment ; nous avons accepté en nous disant qu’il y avait quelque chose d’assez étonnant dans ce projet et qu’il fallait l’aider à se structurer. Plus tard, nous sommes intervenus plutôt en renfort pour essayer de contribuer à la réflexion sur le modèle économique qui reste un gros défi pour ce projet.

Par ailleurs, dans le cadre du projet T4P (Toits Parisiens Productifs Projet Pilote) mené par AgroParisTech, nous testons depuis 2012, la valorisation de nos déchets de culture de pleurotes pour recréer des sols urbains. Quand nous associons du champost, c’est-à-dire du compost de champignons, avec du compost et d’autres ingrédients que l’entreprise Florentaise est chargée de mettre au point, les résultats sont excellents !

Aujourd’hui, nous attendons les résultats suite au lancement du marché public pour la sélection de l’exploitant, que le projet continue à se mettre en place et nous serons ravis d’y participer en accompagnant le prestataire sélectionné !



La Boîte à Champignons, entreprise de l’économie sociale et solidaire spécialisée dans la production et la commercialisation de champignons cultivés sur substrat circulaire, accompagne la Ville de Romainville en mettant à disposition les déchets de production de champignons pour réaliser des tests et définir les composants du substrat circulaire qui sera utilisé à la Cité Maraîchère.


AFAUP (Association Française d’Agriculture Urbaine Professionnelle)
a rédigé une charte pour engager les donneurs d’ordre dans un projet d’agriculture urbaine responsable, que la commune de Romainville a été la première ville à signer en juillet 2018. Grâce à son réseau d’adhérent·e·s, l’AFAUP aide la Ville à promouvoir le modèle innovant de la Cité Maraîchère.

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