ENTRETIEN AVEC…

Sophie Schoonbaert,
Directrice adjointe chargée de la SEGPA au collège Gustave-Courbet

Sophie Schoonbaert, directrice adjointe chargée de la SEGPA au collège Gustave-Courbet à Romainville a répondu à nos questions. Elle est revenue sur le « projet jardin », des ateliers de jardinage mis en place avec des élèves de l’école élémentaire Marcel-Cachin et sur les opportunités qu’offrira la Cité Maraîchère de Romainville pour les enseignements d’horticulture.

Atelier bouturage au collège Courbet lors de la deuxième rencontre
© Collège Courbet

Vous êtes directrice adjointe chargée de la SEGPA (Section d’enseignement général et professionnel adapté) au collège Courbet. Pouvez-vous nous présenter cette section et la formation proposée ?

La SEGPA est une section qui s’adresse à des collégiens et collégiennes en très grande difficulté scolaire, depuis longtemps. Ces élèves rencontrent des difficultés graves et persistantes, pour lesquelles les remédiations en primaire n’ont pas apporté suffisamment de bénéfices pour qu’ils et elles soient autonomes au collège. En général, ce sont des élèves qui ont, pour certain·e·s, un très petit niveau en lecture ou qui ont des difficultés importantes en mathématiques ou d’organisation, de mémorisation, de confiance en soi…

Au collège Gustave-Courbet, la SEGPA peut accueillir jusqu’à 64 élèves, une classe par niveau, de 16 élèves maximum et propose deux champs professionnels : ERE (Espace Rural Environnement) et HAS (Hygiène Alimentation Services).
Ces jeunes accueilli·e·s en SEGPA suivent le même programme que les autres élèves du collège et ont les mêmes heures de cours en 6e et 5e surtout. Ce qui est différent, ce sont les adaptions, le personnel et le nombre d’élèves par classe, seule-ment 16. Nous trouvons à la fois des professeur·e·s du collège qui interviennent mais plus particulièrement des professeur·e·s des écoles spécialisés, titulaires du CAPPEI (certificat d’aptitude professionnelle aux pratiques de l’école inclusive).
Ce qui est important, c’est le terme « adaptations ». Nous adaptons les supports, les outils mais surtout les méthodes pédagogiques. L’autre terme important, c’est « pédagogie de projet ». Il y a beaucoup de projets en classe de SEGPA : des projets interclasses, des projets au long terme sur l’année ou quelques fois sur deux ans.
Nous essayons aussi de travailler individuellement avec les élèves en fonction des potentiels de chacun·e. Nous partons de leurs réussites et nous essayons de les aider à surmonter leurs difficultés en s’appuyant sur leurs potentialités. Nous réfléchissons en termes de besoins éducatifs et pédagogiques pour ces élèves.

Ces élèves n’ont pas de deuxième langue, ils et elles ont à la place un module d’aide spécifique. Ce sont des heures aux contenus modulables avec de la métacognition, un travail sur la mémoire, l’attention, la confiance en soi. Nous travaillons autrement toutes les compétences transversales, comme apprendre à apprendre et à être autonome dans ses apprentissages. En 4e et 3e, ce qui change, c’est la découverte du
monde professionnel. Nous allons avoir des temps en ateliers, six heures en 4e et douze heures en 3e, pendant lesquelles, il y aura de la technologie, deux métiers et la découverte de gestes professionnels. L’objectif n’est pas d’apprendre des gestes professionnels mais bien de découvrir le monde du travail, l’organisation d’une journée de travail, la gestion d’une tâche du début à la fin, la tenue d’un poste de travail… des choses essentielles en entreprise. En SEGPA, les élèves font aussi des stages. En 4e, ils et elles réalisent deux stages d’initiation d’une semaine et en 3e deux stages d’application de deux semaines, avec la possibilité d’un stage supplémentaire, à chaque fois.

Enfin, les élèves de SEGPA peuvent passer deux examens : tou·te·s se présentent au CFG (le certificat de formation générale) et celles et ceux qui le souhaitent peuvent aussi passer le brevet des collèges dans la série professionnelle. En termes d’orientation à la fin de la 3e, les élèves vont majoritairement en CAP, en lycée professionnel, certain·e·s en apprentissage, et d’autres en baccalauréat
professionnel.

L’an dernier, le « projet jardin », des ateliers de jardinage inter-classes et inter-tablissements avec l’école élémentaire Marcel-Cachin, située à proximité de la
future Cité Maraîchère a été mis en place, dans le cadre des enseignements de découverte professionnelle ERE (Espace Rural Environnement) et HAS (Hygiène Alimentation Services). Ce projet est reconduit pour cette année et a été étoffé.
Pouvez-vous nous en dire davantage ?


Dans le cadre de la construction de la Cité Maraîchère, un projet a été impulsé à l’initiative de la Ville de Romainville. Les objectifs étaient alors de renforcer la liaison entre l’école et le collège, de permettre la transmission de connaissances en horticulture par des élèves de 3e de SEGPA à des élèves de primaire, et d’initier un tutorat entre les collégien·ne·s et les élèves de primaire autour d’activités de jardinage. Nous avons aussi des objectifs opérationnels, en particulier des objectifs d’horticulture : semer, bouturer, repiquer, empoter, rempoter, cultiver et entretenir des plantes florales et légumières, etc.

Lors du projet de l’an dernier, il y a eu trois rencontres : en février 2019, les élèves de Marcel- Cachin sont venu·e·s une première fois au collège pour un atelier semis. Puis, en mars, ils et elles ont replanté ces semis dans les bacs de jardinage de l’école et en juin, ils et elles ont visité les jardins familiaux de la Corniche des Forts. Ce qui a un peu manqué, ce sont les échanges entre les professeur·e·s, pour l’entretien des bacs et le suivi des cultures. Cette année, nous avons souhaité étoffer le projet en raccrochant l’atelier de HAS (Hygiène Alimentation Services) avec quelques activités en cuisine.
Déjà l’an dernier, des goûters ont été proposés aux élèves et ont beaucoup plu ! De plus, le projet sera cette fois-ci réalisé avec des élèves de 4e et non de 3e.

Nous développerons ainsi la transmission de connaissances et de compétences dans le champ HAS (Hygiène Alimentation Services) ; les élèves vont travailler sur les dates de péremption, le compost des déchets alimentaires, le tri des déchets, l’apprentissage de la cuisine dans le respect des règles d’hygiène autour notamment de la réalisation d’une galette. Nous recherchons aussi des jeux autour de l’équilibre alimentaire et du tri des déchets pour aborder ces thèmes de manière ludique. Huit rencontres sont programmées. Il y en a déjà eu deux, la première autour d’un petit déjeuner à l’école Marcel-Cachin, pour identifier les lieux de culture et une deuxième rencontre au collège, où ils et elles ont suivi un atelier de bouturage. Chaque élève de 4e avait en charge de faire faire des boutures à un élève de CM2. Il y a eu un second atelier autour de l’équilibre alimentaire avec la pyramide des aliments.


La Cité Maraîchère a vocation à devenir un lieu de formation, de sensibilisation et
de pédagogie, en jouant un rôle clé dans la diffusion de savoirs et le développement de compétences en agriculture urbaine. Elle accueillera notamment de nombreuses actions pédagogiques.
Quel intérêt suscite pour vous la Cité Maraîchère et quelle collaboration future envisagez-vous ?

Pour nos professeur·e·s, et notamment la professeure d’horticulture, la Cité Maraîchère est une aubaine ! Elle permettra d’observer la culture hors sol, la culture des champignons, des choses que nos élèves ne peuvent pas voir ou faire dans les ateliers au collège. La Cité Maraîchère permettra de découvrir d’autres substrats, d’autres manières de cultiver et en matière de théorie et d’apprentissage pour les élèves, c’est formidable !
La Cité Maraîchère pourra également devenir le lieu d’échange. En effet, au lieu de se retrouver à l’école ou au collège, les élèves pourront s’y retrouver pour faire l’activité de bouturage. Ici, au collège, nous n’avons pas de serre, est-ce que la serre pédagogique de la Cité Maraîchère pourra servir de lieu de mise à l’abri des bouturages préparés par les élèves, par exemple ?